Les fleurs rouges (1967-1968) et La vis (1968-1972) nous montraient Yoshiharu Tsuge atteindre la pleine puissance de son art et fonder le watakushi manga (la bande dessinée du moi). Cette troisième parution (chronologiquement le premier volume de l'anthologie consacrée à Tsuge) propose de retrouver l'auteur alors qu'il vient d'intégrer la revue Garo. Il n'en est pas à ses débuts — il a déjà presque dix ans de carrière derrière lui — mais il trouve dans l'opportunité que lui offre le magazine la possibilité de franchir une étape et de devenir un auteur à part entière.
Au début des années 60, Yoshiharu Tsuge commence à collaborer à la mythique revue Garo qui se décrit alors comme un « lieu d'expérimentation de soi ». Il y développe des bandes dessinées d'un genre nouveau où autobiographie et fiction s'entremêlent délicatement pour faire surgir dans le récit une forme d'authenticité inédite. Cette approche avant-gardiste est appelée watakushi manga : « la bande dessinée du moi ». Dans cette manière moderne de construire la narration, la psychologie des personnages est placée au centre du récit et le décor devient un élément narratif à part entière. Le rêve et le voyage, qui conjuguent réalité personnelle et construction imaginaire, deviennent des sources d'inspiration majeures pour Yoshiharu Tsuge, qui s'ouvre de plus en plus aux impulsions de son inconscient, sans jamais abandonner un humour distancé. composent Les fleurs pourpres sont emblématiques du degré de sophistication mis au point par Tsuge pour témoigner de la profondeur de l'être humain. Combinant intimité, surréalisme et dérision, elles permettent de saisir la finesse de son travail et l'influence qu'il a pu avoir sur des auteurs tels que Hideshi Hino (Panorama de l'enfer), Kazuichi Hanawa (Dans la prison) ou jiro Taniguchi.